Un extrait de notre 3ème rapport de mission (juin 2010)
"Ce qui nous conduit a un troisième aspect de la vie indonésienne : la vie sociale. Vous en conviendrez : en France une journée de travail doit être consacrée au travail, puisqu’on attend d’un employé rentabilite et efficacité. Pour faire simple, une journée de travail est consacrée au travail un peu, au repas déjà davantage, et aux conversations surtout ! «Perdre du temps » à discuter, rire ensemble ou téléphoner n’est pas un probleme puisque la vie sociale y est au moins aussi importante que le travail.
Si cette caractéristique a des côtés pour le moins agaçants – comme celui de s’entendre dire que tel collègue que vous cherchez en vain toute la matinée ne viendra pas car c’est aujourd’hui l’anniversaire de son fils! – elle prend parfois la forme d’une véritable cohésion (solidarité ?)sociale.
Exemple : la belle- mère d’un professeur décède. La plupart des professeurs de l’université sont le lendemain présents à ses obsèques, bien qu’ils ne connaissent pas personnellement ce collègue et encore moins sa belle-mère. Qu’importe, nous faisons partie du groupe « professeurs », et si l’un de nous a perdu un membre de sa famille alors tout le groupe se joint aux funérailles. Dans le même ordre d’idées, mais sur un registre plus joyeux, nous avons déjà évoqué combien le concept de « liste d’invités » à un mariage recoupait une notion assez floue à Manado.
Force est ainsi de reconnaître que l’instinct grégaire est à la société indonésienne ce que la pluie est au ciel manadonnais.
On se meut en groupe. Attente les retardataires n’est pas un problème, c’est d’usage, il faut patienter – parfois très, très longtemps. Les prières (presque) hebdomadaires avec la wilayah se font également en groupe. On s’y rend en groupe et plus nous sommes, plus l’évènement doit avoir d’importance. En avril par exemple, la fac d’économie a fait venir un financier de Jakarta pour évoquer les marchés financiers. La thématique ne semblant pas déplacer les foules (d’étudiants), le doyen de la fac d’éco a recruté en urgence des « figurants » dans la fac d’infirmières pour remplir l’amphi. Peut-être ne s’attendait-il pas à ce que ces derniers passent le plus clair de la conférence à jouer sur leur portable tandis que les étudiants d’économie (stratégiquement disposés au premier rang) fixaient, hagards, le financier qui ne parlait visiblement pas la même langue qu’eux... Peut importe, l’essentiel est de respecter cette règle d’or érigée en principe en Asie : « Ne pas perdre la face ».
La dimension sociale de la vie est donc primordiale – avec ses codes, ses règles. Et les « rendez-vous sociaux » – messe dominicale, wilayah, etc. – sont autant d’occasions à ne pas rater."

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